Le livre de la jungle


Transcription

(tambours)
Bagheera : Loup ! ouvre moi ! Loup ! Veux-tu sortir de ta tanière ! Loup !
Père Loup : Qui est là ?
Bagheera : Bagheera.
Loup : Ah ! C'est vous. Grande et puissante panthère.
Bagheera : Il suffit ! Appelle moi princesse, et n'en parlons plus.
Père Loup : Princesse. Que nous vaut l'honneur de votre visite ?
Bagheera : Cette question ! Je viens prendre des nouvelles de Raksha.
Père Loup : Raksha, princesse, s'appelle désormais Mère Louve.
Bagheera : Ah ça y est ? les enfants sont nés ?
Père Loup : Oui princesse. Cet après-midi ! 4 ! 4 petits loups, beaux comme leur maman, intelligents comme leur papa…
Bagheera : Oh il suffit Père Loup… tu caquètes comme une vieille poule. Montre moi plutôt tes rejetons.
Père Loup : Avec joie ! Mère Louve !
Raksha : Tu m'appelles, chéri ?
Père Loup : Oui, une visite pour toi ! Entrez , chère panthère.
Raksha : Bagheera ! Comme c'est gentil d'être venue !
Bagheera : Oh il suffit, petite, c'est bien naturel.
Raksha: Regarde mes petits louveteaux.
Bagheera : Ah. Parfait. Tu as bien travaillé ma fille. Ils sont charmants.
Raksha : Mes mignons ! Mes amours adorés de mon cœur ! Mes…
Bagheera : Oh, il suffit Raksha ! Tu es folle de débiter pareilles stupidités à tes enfants ! Tu vas en faire des mauviettes ridicules !
Raksha : Mais ce sont les petits loulous à leur maman !
Bagheera : Oh Raksha, tu me déçois. Ma fille, tu étais la louve la plus redoutable de la jungle, et sous prétexte que tu as mis au monde ces 4 petites boules grises, tu deviens idiote. (Bagheera s'attendrit) D'ailleurs je te comprend… ils sont irrésistibles, tes gosses. (Soupir) C'est les petits loulous à leur panthère ? On fait une risette à Bagheera ?
Raksha : Tu vois, tu le laisse attendrir.
Bagheera, se ressaisissant : ça m'arrive, mais jamais très longtemps. Adieu !
Bagheera s'en va, en grommelant : les loulous à leur panthère… je deviens folle, moi.
Père Loup : Je vous raccompagne.
Bagheera : Nan, reste avec ta tribu, Père Loup. Ah, au fait. Quand présentez-vous les bébés au conseil du clan ?
Père Loup : Demain soir.
Bagheera : J'y serai. Aurevoir.
Raksha : Cette Bagheera, je l'aime beaucoup, toute bourrue et ronchonneuse qu'elle soit.
Bagheera reviens, affolée : Père Loup ! Raksha ! Ouvrez vite !
Père Loup : Ah c'est encore elle. Princesse, auriez-vous oublié quelque chose ?
Bagheera : Il suffit. Je suis venue vous avertir que Shere Khan, le tigre, rôdait dans les parages.
Père Loup : Quoi ? Mais il n'a pas le droit de chasser sur notre territoire !
Bagheera : Shere Khan ne respecte pas la Loi, tu le sais bien, Loup.
Raksha : Il ne respecte rien !
Père Loup : Écoutez !
Raksha : Quel imbécile ! Il hurle tellement qu'il va faire s'enfuir le gibier !
Bagheera : J'ai toujours dit qu'il n'y avait rien de plus stupide qu'un tigre.
Père Loup : Il espère attraper nos chevreuils !
Bagheera : Non. Écoutez bien son cri. Il ne chasse ni le chevreuil, ni le bœuf, mais l'homme.
Père Loup : L'homme ! Ah le traître ! Notre Loi interdit de tuer l'homme ! quiconque désobéi fait courir à tout le peuple de la jungle un danger terrible ! Celui de voir arriver les hommes avec des fusils… et pire !
Raksha : Tais toi, Loup ! Ne prononce pas le mot !
Père Loup : Celle que nous appelons la fleur rouge…
Raksha : Tais toi !
Père Loup : Avec le feu ! … Le Tigre charge ! Le misérable ! C'est perdu d'avance !
Bagheera éclate de rire : Ah ah ! Ce beta a raté son coup.
Père Loup : Peut-être, mais les hommes vont chercher à se venger ! Écoutez !
Raksha : Oui… c'est bien le pas d'un homme.
Bagheera : Mais non, stupide ! Le pas est bien trop hésitant.
Père Loup : Je vais voir. (Père Loup éclate de rire) Ah ah ah ! Et nous avions peur !
Raksha : Qu'est-ce que c'est ?
Père Loup, riant toujours : un petit d'homme. Mais un petit, alors, vraiment petit.
Raksha : Allons le voir, Bagheera.
Bagheera : Oh il suffit ! J'ai pas de temps à perdre avec un bébé homme. Y'a rien de plus stupide qu'un homme ! Adieu.
Raksha : Oh, qu'il est mignon ! tu as vu Loup ? Il n'a pas de poils ! Il est tout rose ! Et comme il est doux…
Père Loup, riant toujours : Et déjà bagarreur ! Regarde, il me frappe de ses petits poings.
Raksha : Que c'est joli, un petit d'homme ! Quel dommage que ça grandisse.
Père Loup, s'affolant : Shere Khan ! Le Tigre ! Il cherche l'enfant ! Cachons le chez nous !
Raksha : Mais comment l'emporter ? Prends le par la peau du dos… tout doucement, voyons, tout doucement… sans lui faire de mal. Dépêche-toi, le voilà.
Shere Khan : Où est ma proie ?
Père Loup : Laquelle, Vénérable Tigre ?
Shere Khan : Ah! Ne te moque pas de moi, Loup ! C'est toi qui a pris le petit d'homme. Rends le moi ! Où je vous tripe, toi et ta femelle !
Raksha : Alors commence par moi si tu l'oses, Shere Khan.
Shere Khan : Raksha !
Raksha : Oui ! Raksha. Celle qu'on surnommait le démon. Et si tu veux te battre ce sera avec moi, jusqu'à la mort. Le petit d'homme est à moi. À moi ! Il vivra avec les loups. Il chassera, il jouera avec les loups. À présent, va t'en, crapule galeuse. Va t'en !
Shere Khan : nous nous retrouverons, Raksha… et dès demain, au conseil du clan, quand tu viendra présenter tes enfants, et aussi vrai que je m'appelle Shere Khan… le petit d'homme tombera sous ma dent.
Raksha : En attendant, file !
Père Loup : Mère Louve, tu n'aurais pas dû lui parler ainsi.
Raksha : Quoi, tu aurais préféré que je lui donne le petit d'homme ?
Père Loup : Non. Mais il va falloir le présenter au clan. Et là, que se passera t-il ? Veux-tu vraiment le garder ?
Raksha : Il n'a plus que nous pour le protéger. Imagine, Loup, que l'un de nos petits se perde. Supporterai tu l'idée qu'on le tue ? Non. Et bien je ne veux pas que l'on tue mon… au fait, comment allons nous l'appeler ? Oh j'ai trouvé. Comme il se tortille comme une grenouille, son nom sera Mowgli. Mowgli, mon bébé, écoute moi. Quand tu seras grand tu te vengeras de Shere Khan, tu tueras le tigre. regarde, Père Loup, il semble dire oui. Mowgli, Mowgli…

(tambours)

Akela : Écoutez bien, Ô loups, moi, Akela, le grand loup gris, chef de notre clan, je déclare ouverte la séance du conseil. Aujourd'hui...
Baloo : Attendez ! Attendez-moi ! (halete) Ne commencez pas sans moi !
Les loups, mécontents : Oh ! Baloo !
Akela : Baloo ! Il faut arriver à l'heure. Tu sembles oublier que tu es un ours, et que nous t'admettons par faveur à notre conseil en ta qualité de professeur des Lois de la jungle. Je ne te le redirais pas.
Baloo : Pardonne-moi Akela au museau gris. Pardonnez-moi, loups, mes amis, je mérite le trépas !
Akela : Allons, n'éxagère pas !
Baloo : Ah si, si, je mérite de faire un plongeon dans l'océan de la mort ! Tiens ! C'est joli, ce que j'ai dis, je m'en reservirai.
Les loups, mécontents : Oh tais-toi Baloo !
Baloo : Très bien, très bien. Je ne dis plus mot. Enfin plus qu'un seul, à Raksha, pour la complimenter de son nouveau titre de mère louve. Une maman est un lac d'amour, où se noient les enfants... Ah, ça aussi c'est joli ! Oh! que je suis ému.
Akela : Silence, Baloo.
Les loups, mécontents : Silence !
Baloo : Je suis muet. Mais très ému. un ému-muet. (Il glousse)
Les loups mécontents : Oh !
Akela : Raksha ! Tu dois présenter maintenant tes louveteaux à la tribu.
Raksha : Volontiers. En voici un, deux, trois, quatre ! Et le cinquième et dernier.
Les loups : Qu'est-ce que c'est que ça ? C'est pas un loup, ça !
Akela : Te moques-tu de nous, Raksha ? Qu'est-ce que cette grenouille viens faire au milieu de tes louveteaux ?
Raksha, éclatant de rire : Mais ce n'est pas une grenouille ! C'est un petit d'homme.
Akela : Un petit d'homme ? Quelle est donc cette histoire ?
Shere Khan : L'histoire, la voici.
Les loups : Shere Khan ! Le tigre !
Shere Khan : Loups, ce n'est pas à vous que j'en veux. Je ne ferai de mal à personne ici. Sauf lui.
Akela : Le petit d'homme ? Mais pourquoi ?
Shere Khan : Il m'appartient. Je le veux, et je l'aurai.
Les loups, réagissant bruyamment : Le petit d'homme !
Akela : Puisque le clan des loups semble donner raison au tigre, qu'il emporte le petit d'homme.
Raksha : Non, Akela. Tu n'as pas le droit.
Akela : J'abandonne à regrets, Raksha, mais j'y suis forcé. A moins que deux d'entre nous qui ne soient pas de la famille de Raksha acceptent de parler pour lui. Qui parle ? Personne ?
Raksha : Lâches ! Vous êtes tous des lâches ! Je vous maudit !
Akela : Raksha, calme toi.
Raksha : Mais Akela, ils vont laisser tuer mon petit Mowgli !
Baloo : Non, pas moi ! Ne pleure plus, Raksha.
Les loups, mécontents : Oh, Baloo !
Akela : Mais Baloo, ce n'est pas possible, tu es un ours !
Baloo : Un ours, un ours, je sais. Mais je vous rappelle qu'en tant que professeur de vos enfants, j'ai droit à la parole.
Akela : Tu l'as ! Mais fait vite.
Baloo : On veut que j'abrège, parfait. Petit d'homme, rien fait de mal, stop. Laissez-le vivre parmi vous, stop. Un point c'est tout, stop.
Akela : Aah !
Raksha : Merci mon brave Baloo.
Baloo : Et en plus je lui donnerai des leçons gratis.
Akela : tout cela est bel et bon mais il faut deux protecteurs au petit. Qui sera le deuxième. Hum ? Personne ? Bien, Shere Khan, le petit est à toi.
Shere Khan rugit de plaisir.
Bagheera : Il suffit !
Akela : Bagheera ! Princesse panthère, quel honneur pour nous.
Bagheera : Il suffit, demain les politesses. Akela et vous tous, loups. Je n'ai théoriquement pas le droit de parler dans votre assemblée. Mais la Loi de la jungle permet de racheter la vie de qui que ce soit, moyennant un certain prix.
Baloo : C'est vrai.
Bagheera : Aux paroles de Baloo, j'ajoute un superbe taureau, que je viens de tuer, en échange de la vie de Mowgli. J'ai dit !
Akela : Princesse Bagheera, et toi mon gros Baloo, vous venez de sauver le petit !
Shere Khan : Ah ! Vous croyez que ça va se passer comme ça ?
Bagheera : Oui, comme ça, tigre minable, tu peux rugir tout ton saoûl ! Je suis certaine que dans quelques années, le petit d'homme te feras rugir sur un autre ton.
Shere Khan, je me vengerai, je me vengerai, je me vengerai !
Bagheera : Oh, tu te répètes !
Akela : Je déclare l'audience suspendue.
Les loups, contents : Ah !

(intermède)

Raksha : Bagheera, regarde notre petit Mowgli !
Bagheera, avec dedain : Pff ! Cette boule rose, quand je pense que ça m'a coûté un taureau.
Raksha : Tu le regrettes ?
Bagheera : Non, bien sûr que non. D'ailleurs il est très bien ce petit. Il a une jolie petite frimousse. Regarde, il a compris que je lui parle ! (s'attendrissant) Oh, et ses mains... Quelle miniature adorable.
Raksha : Tu vois, tu l'aimes déjà.
Bagheera : Il suffit ! Ma fibre maternelle vibre dangereusement. C'est parfaitement stupide. Adieu !
Raksha : Mowgli, ma petit grenouille, mon fils... Oh mon bon Baloo, comment te remercier ?
Baloo : Je suis déjà récompensé de te voir si heureuse. Mais rappelles-toi ce que j'ai dit : je veux éduquer mon filleul ! J'en ferai l'enfant-loup le plus savant de la jungle.
Raksha : Oui, bien sûr...
Baloo : Tu verras, Raksha, tu verras quel puit de science sera ton Mowgli, dans... disons, dix ans, dans dix ans.

(intermède)

Baloo : Mowgli ! Mowgli ! Viens vite, c'est l'heure de ta leçon.
Mowgli : Salut, gros nounours !
Baloo : Mowgli, on ne dit pas gros nounours à son professeur !
Mowgli : On dit comment ?
Baloo : je vous salue, maître Baloo. Répète.
Mowgli : Je vous salue, maître Baloo, qui êtes un gros nounours !
Baloo : Oh mais c'est désespérant ! Voilà dix ans que j'essaye de te donner une bonne éducation. Rien à faire. J'y renonce.
Mowgli : Mais ça sert à quoi, la bonne éducation ?
Baloo : A rien. Absolument à rien. Mais c'est un luxe nécessaire.
Mowgli : Et la Loi de la jungle, ça sert à quelque chose ?
Baloo : Je vais te l'apprendre. Grâce à elle, tu peux attaquer ou te défendre. Tu connais les pièges, les cachettes, et surtout, surtout, tu enseignes les maîtres mots de la jungle.
Mowgli : C'est utile, ces mots là ?
Baloo : Indispensable. Ils te permettent de réclamer protection ou secours auprès de n'importe quel autre animal.
Mowgli : Ouh, c'est bien ça ! Alors si je suis en danger de mort et que je veuille appeler les ours à la rescousse, qu'est-ce que je dois dire ?
Baloo : Alors, tu cries très fort "Ours ! Peuple chasseur, nous sommes du même sang vous et moi, Rahouuum !"
Mowgli : Et ils arrivent ?
Baloo : A toute allure.
Mowgli : C'est épatant ! Et les vautours ?
Baloo : tu cries la même phrase, mais au lieu de "Rahoum", tu cries "Bloublouhouloulouhouloulou"
Mowgli : Formidable ! Apprends-moi tous les mots ! Tiens, celui des panthères.
Baloo : "Kikeraashhhhheraaaa"
Bagheera : Qui m'appelle ?
Mowgli : Ah c'est toi ma bonne vieille Bagheera !
Bagheera : Vieille ? Il suffit ! Combien fois faudra t'il te repeter qu'une femelle n'est jamais vieille. Ni dans la jungle, ni ailleurs.
Mowgli : Qu'est-ce que qu'elle est, alors ?
Bagheera : Euh, Hum. Epanouie... mais pas vieille.
Baloo : Oh, princesse au yeux persans, ta grâce sourit...
Bagheera : Oui ! Je suis belle, je le sais.
Baloo : Ah oui.
Bagheera : Nous ne sommes pas là pour nous dire des douceurs. Continuez la leçon. J'écoute.
Baloo : Alors écoute, je lui apprenais le maître mot. Mowgli, dis à Bagheera le mot des ours.
Mowgli : Ours ! Peuple chasseur, vous êtes de gros ridicules ! Raaam !
Baloo : Mowgli, c'est très mal ! C'est très mal ! Tu ne dois pas tourner en dérision les leçons de ton maître. Et pour t'apprendre, tiens ! (il le frappe). tiens !
Mowgli : Aïe ! Aïe !
Bagheera : Ah, Baloo ! Arrête de brutaliser cet enfant !
Baloo : Bagheera, je te respecte beaucoup, mais je te prie de me laisser éduquer Mowgli !
Mowgli : Je ne veux plus être éduqué par toi ! T'es un affreux nounours ! Je m'en vais !
Baloo : Mowgli, reviens immédiatement !
Mowgli : Non !
Bagheera : Alors, tu es fier de toi Baloo ?
Baloo : Crois-moi Bagheera, ce n'est pas de gaîté de coeur que je l'ai corrigé. Mais s'il ne connait pas parfaitement toute la Loi de la jungle, il court les pires dangers !
Bagheera : Oh, il est si jeune.
Baloo : Chez nous, personne n'est trop jeune pour mourir, tu le sais bien. Ce que je lui apprend le protégera de tout.
Bagheera : Hmpf. Te sens tu de taille à le protéger contre Shere Khan, son pire ennemi ?
Baloo, sanglotant : Oh ainsi malgré mes leçons il risque la mort ? Je n'aurai servi à rien ! (Il pleure) Je suis un ours minable.
Bagheera : Oh, ne pleure pas, grosse bête ! Y'a rien de plus stupide qu'un ours !
Baloo : Oh oui.
Bagheera : Allons, sèche tes larmes ! Je te permet de me baiser la patte.
Baloo : Oh, quel honneur. (Il baise la patte de Bagheera)
Les bandarlogs : Oh quel honneur !
Baloo : Qui a parlé ?
Les bandarlogs : Nous, les bandarlogs !
Bagheera : Rha, les singes. Les singes maudits, les singes fous !
Les bandarlogs font des bruits déments.
Bagheera : Silence ! Caricatures d'hommes !
Les bandarlogs : La panthère est un vieux chat ! La panthère est un vieux chat ! La panthère est un vieux chat !
Bagheera : Taisez-vous ! Ou j'appelle Kaa, le serpent !
Les bandarlogs, affolés : Pas le serpent ! Pas le serpent !
Mowgli : Coucou !
Bagheera : Mowgli ! Descends de cet arbre !
Mowgli : Tout de suite. J'ai une grande nouvelle à vous annoncer. Je vais avoir une tribu à moi...
Baloo : Cesse de délirer, Mowgli !
Mowgli : Oh toi Baloo je te conseilles de te taire, hein. Sinon je dirai à ma tribu de te jeter dessus des branches, et même des crottes.
Baloo : Ta tribu ? Quelle tribu ?
Mowgli : Des singes !
Les bandarlogs s'esclaffent.
Bagheera : Mowgli ! Tu as parlé aux singes ?
Baloo : Tu as parlé aux singles ? Mowgli est devenu fou, au secours !
Mowgli : Oui je leur ai parlé. Et ils ont été très gentils. Je pleurais parce que tu m'avais battu et ils sont venu me consoler. Ils m'ont donné des noix, et ils m'ont promené dans les arbres. Et ils m'ont dit que je leur ressemblais.
Bagheera : Ah ça, c'est la meilleure ! Y'a rien de plus laid qu'un singe !
Mowgli : Alors je suis laid ! Et je suis leur roi.
Baloo : Mais ils n'ont jamais eu de roi !
Mowgli : Eh bah je serai le premier.
Baloo : Mais ce sont des menteurs, ils racontent n'importe quoi ! Ils ne se rappellent même pas ce qu'ils ont dit cinq minutes avant !
Mowgli : Oh, vous m'ennuyez ! Je retourne avec eux !
Bagheera : Il suffit !
Baloo : Reste là, Mowgli !
Mowgli, effrayé : Qu'est-ce qu'il vous prend ? Vous me faites peur !
Bagheera : Si tu fais un pas, je te tue. Je préfère te voir mort à mes pieds, que vivant parmi les singes.
Baloo : Bagheera a sagement dit, maintenant, écoute-moi !
Mowgli : Tu n'as plus ta voix de gros nounours ! Mais qu'est-ce qui se passe ?
Baloo : Il se passe que je t'ai appris la Loi pour tous les peuples de la jungle. Sauf les singes. Car nous ne reconnaissons pas leur existence. Nous ne voulons avoir aucun rapport avec eux.
Mowgli : C'est méchant, ça !
Baloo : Silence ! Tu parleras quand je t'y autoriserai. Les singes refusent toute loi, toute règle. Ils font et disent ce qui leur passe par la tête. C'est-à-dire les pires folies !
Bagheera : Ils n'ont pas de langage à eux. Ils volent les mots, les cris, et même les pensées.
Baloo : Ils sont méchants, fourbes, orgueilleux.
Bagheera : Ils sont malpropres ! Sans pudeur. Immondes !
Baloo : Sais-tu ce qu'ils ont fait à mon pauvre père ? Le chef des ours ? Il venait d'être blessé, il se traînait, malade, jusqu'à notre caverne. Les singes l'ont aperçu, et l'ont tué à coups de bâtons !
Mowgli : Quelle horreur ! Mais pourquoi ont-ils fait ça ?
Baloo : Uniquement pour qu'on parle d'eux. Je les hais !
Bagheera : Mowgli, le peuple des singes est maudit. Souviens t-en.
Mowgli : Oui. Maintenant moi aussi je les déteste.
Bagheera : Quant à toi Baloo, je regrette que tu ne lui en ai pas parlé plus tôt !
Baloo : Je ne pouvais pas imaginer qu'il irait jouer avec des ordures pareilles !
Les Bandarlogs s'agitent.
Bagheera : Oh, ils se déchaînent ! Allons nous-en.
Baloo : Viens vite Mowgli !
Mowgli : J'arrive, mon bon Baloo. Je cueille cette belle fleur pour maman louve.
Bagheera : Oh, dépèche-toi !
Les bandarlogs : A l'attaque ! A l'attaque ! Le petit d'homme !
Mowgli : Au secours : Au secours !
Les bandarlogs : Trop tard ! En route pour notre ami !

(intermède)

Baloo : Bagheera, en faisant vite, nous pourrons les rattrapper.
Bagheera : Absurde animal ! tu nous vois en train de courir dans les arbres ?
Baloo : Ah non, pas tellement. Ah. Honte sur moi. C'est ma faute, c'est ma faute ! (il fond en larmes.)
Bagheera : C'est un fait. Ne pleure pas, s'il te plaît ! Un peu de dignité !
Baloo : Je me moque bien de ma dignité ! Alors que mon Mowgli est peut-être mort à l'heure qu'il est ! Et nous ne pouvons rien faire, rien !
Bagheera : rien.
Baloo : ...Ah, mais si ! Vieux fous que nous sommes !
Bagheera : Parle pour toi !
Baloo : Les singes ont une crainte, une seule crainte : Kaa. Le serpent des rochers. Il grimpe aussi bien qu'eux. Il enlève les jeunes singes, et les tue.
Bagheera : Pourquoi nous aiderait-il à récupérer Mowgli ? Il n'est pas de notre race... et il me fait peur.
Baloo, riant au éclat : Oh toi Bagheera, tu as peur de Kaa, le serpent ?
Bagheera : Oui. Je redoute ses yeux qui fascinent. Si tu le regardes, tu lui appartient.
Baloo : A nous de nous méfier !
Bagheera : Allons le trouver.

(intermède)

Bagheera, chuchotant : Baloo, tu es sûr que le serpent habite ici ?
Baloo : Oui. Regarde, il fait sa sieste sur ce rocher. Ah, un dernier conseil, il est horriblement susceptible.
Bagheera : Ah, ça va nous être bien utile !
Baloo : Comment ?
Bagheera : Racontons-lui que les singes ont dit du mal de lui !
Baloo : Oh oui, oui, oui !
Bagheera : Il leur en voudra ! Il nous aidera, pour se venger !
Baloo : Merveilleuse idée. Ah. Il se reveille.
Bagheera : Souviens-toi Baloo, de ne pas le regarder dans les yeux sous aucun pretexte.
Kaa : La chaleur est accablante...
Baloo, criant : Ola ! Seigneur Kaa ! Roi des serpents ! Oh, zut, j'avais oublié qu'il était sourd. (Il crie plus fort) Ola Kaa !
Kaa : Hein, quoi, on m'attaque ? On viole ma demeure ? On interrompt mon repos ? Aux gardes ! A l'assault !
Bagheera : Oh, quel caractère ! Calme-toi, seigneur serpent !
Kaa : Qui, que, quoi, donc, où ? qui êtes-vous ? gredins, faquins, malins !
Bagheera, criant : Bagheera ! La panthère !
Kaa : Qui ça ? Bagheera lavatère ?
Bagheera : Oh, y'a rien de plus stupide qu'un serpent. (criant plus fort) Bagheera !
Kaa : J'avais compris, inutile de hurler ! Avé, princesse. Et quelle est cette grosse masse qui t'accompagne ?
Baloo : Grosse masse ? (Il crie) Baloo ! L'ours !
Kaa : Baloo ? Mais je sais pas où il y a un bal !
Baloo, hurlant : l'ours !
Kaa : courses ? Mais elle est folle, cette masse, il est pas question que je fasse mes courses.
Baloo, calmement : Baloo.
Kaa : Ah c'est toi mon vieux Baloo ! Excusez-moi, j'ai mauvaise vue.
Baloo : Bah, met tes lunettes !
Kaa : Je ne peux pas, le cobra me les a prises ! Que nous vaut l'honneur ?
Baloo : Oh, rien de particulier.
Kaa : Un train désarticulé ?
Baloo : Non. Rien de particulier.
Kaa : Ah, vous traquez du gibier !
Baloo et Bagheera, excédés : c'est ça.
Kaa : Et que chassez-vous, mes bons ?
Bagheera : Les bandarlogs.
Kaa : Les singes ! Ah nom d'une vipère. Ne parlez jamais d'eux devant moi ! Ils m'ont joué l'autre jour un tour cinglant !
Baloo : Vraiment ? Raconte ?
Kaa : Voilà. Pendant que je faisais ma sieste, vous m'entendez bien, ma sieste sacrée, ma sacrée sieste... Ils ont osé, les impudents maroufles, me traîter de... voyez bien... me traiter de ver de terre !
Bagheera : Et... c'est tout ?
Kaa : Ah vous ne trouvez pas ça suffisant ?
Bagheera et Baloo s'esclaffent.
Bagheera : Ils en disent bien d'autre de toi, seigneur serpent.
Kaa : Quoi ?
Bagheera, plus fort : Ils en disent bien d'autre !
Kaa : Oui, oui, oui, j'avais compris, j'avais compris... mais quoi ? Ils disent quoi ?
Bagheera, hésitant : Bah...
Baloo : Oh si faut lui dire.
Bagheera : Eh bien, ils te traitent de cul de jatte.
Kaa s'étrangle.
Baloo : Qu'est-ce qu'il lui arrive ?
Bagheera : Il s'étrangle de colère, excellent. Et aussi de rase-motte !
Kaa s'étrangle davantage.
Baloo : Il s'étrangle encore.
Bagheera : Oh oui. Et aussi de tuyaux tordu.
Kaa s'étrangle de rage.
Baloo : Il éclate, là, je crois.
Bagheera : Ouais.
Kaa, fondant en larmes : Mais c'est pas vrai, dites moi que c'est pas vrai ! Je suis pas un tuyau tordu !
Bagheera et Baloo : Mais non, mais non !
Bagheera : Il pleure, c'est parfait. Allons, Kaa ! Viens sur moi, je vais te consoler ! (Tout bas) Oh, pouah, quelle visqueuse limace.
Kaa : Bagheera, j'ai entendu ce que tu viens de dire.
Bagheera : Quoi ?
Kaa : Limace !
Bagheera : Bah oui, c'est ce que les singes disent de toi.
Baloo : Ah oui, oui.
Kaa s'étrangle de plus belle.
Baloo : Ah bah voilà que ça recommence.
Kaa, une fois calmé : Parlons net.
Baloo et Bagheera, intéressés : Ah oui, oui.
Kaa : Vous pourchassez les singes. Je suis votre allié. Je vous aiderai puissamment. Au fait, de quoi s'agit-il ?
Baloo : Alors voilà. Du petit d'homme. Les singles l'ont enlevé.
Kaa : Et vous avez pensé à moi pour le récupérer ? Vous avez bien fait. Car soit dit sans me vanter je suis le seul dans toute la jungle que redoutent ces pendards de bandarlogs !
Baloo : Oui !
Kaa : Ne dites pas oui, animaux déments ! Applaudissez ! Faites un ban !
Bagheera et Baloo : Pour les serpents ! Hi hip hip, Kaa ! hip hip hip, Kaa !
Kaa : Très bien, vous vous améliorez.
Bagheera : Et maintenant, en route pour la ville des singes. Kaa, tu es prêt ?
Kaa : C'est que c'est très loin cette ville.
Bagheera : Je t'emporte sur mon dos.
Kaa : Dans ces conditions, la ville est à deux pas.
Bagheera : Baloo, nous partons. suis nous comme tu peux.
Baloo : Comme je peux, comme je peux... je ne suis pas un poteau ! Oh, celle là, alors...

(intermède)

Bandarlog 1 : Merveilleux peuple des singes !
Bandarlog 2 : Ah ouais c'est nous !
Bandarlog 1 : Nous voilà arrivés de-ci delà cahin-caha dans cette ville.
Les bandarlogs, chantant : ville, ville, ville, ville ville, ville, ville, ville, ville, ville, ville !
Bandarlog 1 : Déposez à terre et sur le sol le petit d'homme !
Les bandarlogs, chantant : D'homme, d'homme, d'homme, d'homme, d'homme, d'homme, d'homme, d'homme, d'homme, d'homme, d'homme !
Mowgli : Laissez-moi partir !
Bandarlog 1 : Tu voudrais nous laisser, nous quitter, nous abandonner, brindille veloutée ?
Les bandarlogs, chantant : Té, Té, Té, Té, Té, Té, Té, Té Té, Té, Té !
Bandarlog 1 : Silence, les pitres puants à pieds ! Tu ne veux pas, vraiment pas, tu ne veux pas du tout être notre roi ?
Mowgli : Je veux rentrer dans ma tribu, chez les loups !
Les bandarlogs sifflent de rage.
Mowgli : Vous avez mal à la gorge ?
Bandarlog 1 : Non, c'est notre cri de colère contre toi, fleur pourrie !
Les bandarlogs chahutent et crient : gras, greuh, gris gros gras, gras greuh gris gros gras !
Bandarlog 1 : Et pour conclure, pas pète de pipi de répète de raison, pas de ta tête tout t'un tas tout tonton !
Mowgli : Qu'est-ce que ça veut dire ?
Bandarlog 1 : Et bien vois-tu, enflure à peau blanche, ça veut dire, que ça ne veut rien dire !
Bandarlog 2 : Allons sur la terrasse où nous allons couronner notre roi, Mowgli !
Mowgli : Non ! Laissez-moi partir !
Bandarlog 2 : Allons, mouette velue, ce n'est qu'un bon moment à passer ! Et comme dit le proverbe : un insecte des sectes, un moustique très sceptique. En route !

(intermède)

Kaa : Bagheera ?
Bagheera : Oui, je suis là, vénérable serpent.
Kaa : Ils sont sur la terrasse, ça complique les choses.
Bagheera : Oui, ils nous verront arriver et auront le temps de déguerpir avec Mowgli.
Kaa : Il faudrait qu'un nuage assombrisse un peu ce monticule, ce qui nous permettrait de surprendre ces pourritures.
Bagheera : Mais ils sont 200, et nous 2 ! Et Baloo qui n'arrive pas !
Kaa : Ah, un nuage, vite, Bagheera, bondit sur la terrasse ! Moi je vais attaquer par derrière ! Ah ils m'ont traité de ver de terre, de tuyau tordu ! Ils vont voir de quel venin je me chauffe ! ça y est : Bagheera arrive, parfait. Elle prend son élan, un, deux, trois...
Les bandarlogs crient.
Bagheera : Je vais vous saigner !
Bandarlog 1 : Ne vous affolez pas camarades ! La panthère est seule ! Nous la battrons ! Attaquez-là ! Attaquez-là !
Mowgli : Attention Bagheera !
Bandarlog 1 : Camarades ! Jetez-le dans la citerne !
Mowgli : Bagheera ! Il m'emmènent, À moi !
Bagheera : Et l'autre qui appelle ! Allons Bagheera, du courage. Baloo ! J'entend ton cri ! Vite, par ici !
Baloo : J'arrive, panthère, j'arrive ! Ah, singes infâmes, vous allez voir ce que c'est qu'un gros nounours en colère !
Mowgli : Au secours !
Baloo : Mowgli ! Il appelle ?
Bagheera : Oui, ils l'ont jeté dans la citerne.
Baloo : Et Kaa, où est-il ?
Bagheera : Il nous a abandonné à la dernière minute.
Baloo : Le serpent s'est révélé être un lâche. Je vais crier le maître-mot des serpents. Serpents, nous sommes du même sang vous et moi, Psssss.
Kaa : Pas la peine de crier, abruti d'ours, je suis là. Je te tiens, peuple des singes et je ne te lâcherai pas ! Je n'ai nul besoin de vous donner des coups pour vous mâter, il me suffit de vous regarder. Voilà. Asseyez-vous. Parfait. Maintenant, répondez. Pouvez-vous remuer pieds ou mains sans que je vous en donne l'ordre ?
Les bandarlogs, hypnotisés : Nooon.
Kaa : Plus fort !
Les bandarlogs : Non, on peut pas !
Kaa : Bien. Rassemblez-vous autour de moi. Oui, comme ça. Ne bougeons plus. On fait un sourire.
Les bandarlogs : ih.
Kaa : J'ai dit un sourire. Ah, gentils petits singes à papa Kaa.
Bagheera : Baloo, partons vite, sinon il va nous charmer nous aussi. Oh je flanche déjà.
Baloo : Aïe aïe aïe, moi j'en suis pas très loin. Ouïe, aïe aïe aïe, allons chercher Mowgli.
Kaa : Ah, on est très dociles, hein ? On est la proie du cher Kaa, du ver de terre, du toyau tordu. Ah, je vous tiens, mes jolis, je vous tiens !
Baloo : Kaa, Mowgli veut te dire merci.
Kaa : Allez vous-en, tous les trois. Laissez-moi avec mes chers amis singes. Ah, je suis un ver de terre ? Ah, je suis un tuyau tordu ?
Baloo : Kaa connaît les tortures les plus abominables.
Bagheera : Il n'y a rien de plus cruel qu'un serpent. Partons, j'ai la migraine.
Les bandarlogs hurlent.

(intermède)

Baloo : Mère louve !
Raksha : Ah c'est vous mes amis, où est Mowgli ?
Bagheera : Sur mon dos, il dort.
Raksha : Ah, je suis soulagée. Je craignais que le tigre...
Bagheera : Il s'agit bien du tigre, louve absurde. Sais-tu où était ton fils ? Dans la ville abandonnée, au milieu des singes, qui voulaient en faire leur roi.
Raksha : Il court un danger beaucoup plus grave.
Baloo : hein ?
Raksha : Akela, notre chef bien aimé, a râté un chevreuil à la chasse cet après-midi. Et selon la Loi des loups, il est destitué.
Baloo : En voilà une loi idiote ! Tout vieux qu'il soit, Akela est le meilleur des chefs !
Raksha : Il était surtout le protecteur de Mowgli. que va t-il devenir, Maintenant ?
Bagheera : Il fait parti de votre clan, il ne risque rien.
Raksha : Hélas Shere Khan, le tigre detesté, a monté les loups contre Mowgli. Ils le haïssent maintenant.
Bagheera : Ah, les chiens. Quand a lieu la réunion du conseil ?
Raksha : Demain. Akela sera chassé. On élira un nouveau chef, et on décidera du sort de Mowgli.
Bagheera : Ah, il n'y a pas de temps à perdre. Mowgli, reveille-toi ! Demain, au conseil, Shere Khan demandera ta mort, et les loups la lui accorderont probablement. Aussi vas-tu courir au village des hommes, chercher la fleur rouge. Le feu.
Raksha : Tais-toi, Bagheera !
Bagheera : Tu vois, enfant. Il suffit de prononcer ce mot pour épouvanter tous les habitants de la jungle. Grâce à la fleur rouge, demain tu seras le maître au conseil. Je t'accompagne au village.
Mowgli : A tout à l'heure, maman louve !
Raksha : A tout à l'heure, chéri. Baloo, j'ai peur. Il est si jeune, si fragile.
Baloo : Rassure-toi, Raksha, pendant que la panthère parlait de la fleur rouge, j'ai observé Mowgli. Il était comme transfiguré. Il m'a fait peur. C'est un homme, Raksha. Et les hommes sont les maîtres de ce feu qui nous épouvante. Notre petit gagnera demain.

(intermède)

Mowgli : Bagheera, c'est ça le village des hommes ?
Bagheera : Oui, et dans ces vilaines huttes qu'ils appellent des maisons tu trouves la précieuse fleur rouge. Va-vite la chercher, je t'attends.
Mowgli : A tout de suite !
Bagheera : Personne ne le remarque. Le voilà prêt d'une maison. Il entre par la fenêtre. Malheur, on l'a vu, il ressort. Vite, vite !
Un villageois : Au voleur ! Au voleur !
Bagheera : Ils vont le rattraper ! Non, il a échappé. Vite partons !
Mowgli : Oui, Bagheera. Es-tu vraiment sûr que Shere Khan le tigre me veuille du mal ?
Bagheera : Il veut ta vie.
Mowgli : Mais, là ,le problème, c'est que ma vie, j'ai pas du tout envie de lui en faire cadeau !
Bagheera, éclatant de rire : J'ai l'impression que Shere Khan a intérêt à bien se tenir !

(intermède)

(tambours)

Akela : Ecoutez, loups, écoutez !
Shere Khan : Tais-toi, vieux puit, tu n'es plus le chef du clan. Loups, mes amis, acceptez-vous que je prenne la succession de cette vieille baderne d'Akela ?
Les loups approuvent.
Mowgli : Ils sont devenus fous. Ecoute-moi, peuple des loups !
Les loups, mécontents : Mowgli, à mort !
Bagheera : Courage, petit !
Mowgli : Votre chef est donc désormais Shere Khan ? Un tigre à la tête du clan des loups ? Voilà qui est original !
Les loups, mécontents : Ah, tais-toi !
Shere Khan : Maintenant, loups, mes amis, passons aux affaires sérieuses. En gage de notre nouvelle amitié, je vous demande une seule petite faveur : la vie de Mowgli.
Bagheera : Il suffit !
Les loups, stupéfaits : Bagheera !
Bagheera : Alors. Qu'attendez-vous pour crier "A mort Bagheera" ? vous êtes muets ? Mais vous n'êtes pas sourds encore. Bien. Ecoutez-moi. Ce conseil fera date dans l'histoire de la jungle. En effet, cette nuit, le peuple des loups a cessé d'exister ! Il a rejoind les nobles rangs des chacals et des singes.
Les loups, outrés : Des singes ?
Bagheera : Des singes ! Car vous êtes fous. Vous avez perdu en quelques instants toute noblesse et toute grandeur. Du reste ça n'a aucune importance à mes yeux. Mais en ce qui concerne Mowgli, que j'ai acheté du prix d'un taureau, ne touchez pas à un cheveu de sa tête ! Sinon je fais appel à toute la jungle pour vous exterminer !
Shere Khan : Elle vous menace. Chassez-là !
Les loups : A mort, Bagheera !
Bagheera : Mowgli, il n'y a plus rien. A toi, tu as la fleur rouge, tu gagneras.
Mowgli : Assez de crialleries ! Je croyais être un loup, vous m'avez rappelé que j'étais un homme. Parfait. Je ne vous appellerai plus mes frères. Mes chiens, comme font les hommes. Mais avant de vous quitter à jamais, je veux vous faire un cadeau d'adieu. une jolie fleur. La fleur rouge !
Les loups, paniqués : Oh non, La fleur rouge, pitié !
Mowgli : Vous demandez pitié ? Mais vous ne savez pas ce que vous voulez ? Il y a quelques minutes vous réclamiez ma mort, et maintenant vous voilà couchés à mes pieds ! Bon, en souvenir du temps où nous étions ami, je vous épargnerai.
Les loups : Merci, Mowgli, merci !
Mowgli : Silence ! J'ai une dette à régler avant de partir. Shere Khan, tu fais semblant de ne pas m'entendre ? Tu détournes les yeux ? Tu trembles, Shere Khan.
Shere Khan : Oh oui, je tremble de joie, à la pensée que tu vas mourir sous ma dent !
Mowgli : Debout, chien ! N'abîme pas ta robe. Regardez, il se met la tête entre les pattes !
Les loups rient.
Mowgli : Mais il pleure ! Il pleure. Regarde-moi Shere Khan. Regarde-moi ou je t'enfonce la fleur dans la gorge. Et maintenant Shere Khan, je vais te fouetter avec la fleur rouge.
Shere Khan : Oh non, pitié.
Mowgli : Trop tard ! Voilà comment on corrige les vilaines petites bêtes qui veulent faire du mal aux hommes !
Shere Khan hurle de douleur.
Mowgli : Vous ne trouvez pas que ça sent le chat roussi ?
Les loups éclatent de rire : Ah ha, Mowgli !
Mowgli : Les loups, taisez-vous ! Vous me soulevez le coeur.
Les loups : Pardon, Mowgli. Sois notre chef, Mowgli.
Mowgli : Non. Je me méfie de vous, désormais. A la vue de la fleur rouge, votre folie vous a quitté, qu'est-ce qui me prouve qu'elle ne reviendra pas ?
Les loups : Mais il nous faut un chef !
Mowgli : Suppliez Akela, peut-être acceptera t-il de vous diriger à nouveau ?
Akela : Ils n'auront pas à me supplier. Dès cet instant, je reprend ma place au conseil !
Les loups : Vive Akela !

(intermède)

Akela : Merci mon petit Mowgli. Grâce à toi, tout est rentré dans l'ordre.
Mowgli : Oh Akela, mon vieil ami.
Bagheera : Je suis fière de toi, petite grenouille !
Baloo : Et moi donc.
Mowgli : Ma panthère, mon nounours. Je vais rester vivre avec vous maintenant !
Baloo : Mais oui mon bébé. Tu resteras avec nous toujours !
Bagheera : Il suffit, stupide Baloo ! Un jour Mowgli sera adulte et il nous quittera.
Mowgli : Oh non jamais !
Bagheera : Il faudra bien que tu te maries avec une femme de ta race.
Mowgli : Non ! Je veux me marier avec toi ma Bagheera !
Baloo éclate de rire.
Bagheera : Ah il suffit ! Mais petit fou, c'est tout à fait impossible. Un homme n'épouse pas une panthère.
Mowgli : Pourquoi ?
Bagheera : Bah je ne sais pas, moi. Non, ça ne se fait pas, un point c'est tout.
Mowgli : Alors il faudra que je m'en aille ?
Baloo : Nous aurons tout le temps d'y penser.
Bagheera : Oui, nous avons encore de belles pages devant nous.
Mowgli : Des pages de quoi ?
Bagheera : Du livre de la jungle.

Transcription terminée le 15/07/2026 par Sissone.